Les Vétérans


Le troisième âge chez le chat

(un grand merci à Rose, de l’association «  Les Chats du Maquis »)

Nos chats domestiques, de plus en plus médicalisés, font souvent preuve d’une surprenante longévité. Il n’est plus exceptionnel de consulter des chats de 15 à 20 ans et plus, mais ces individus chanceux ne courent pas les rues : ils vivent la plupart du temps en appartement. En effet, les chats qui sortent, potentielles victimes d’accidents, de contamination par la leucose, le FIV, ou éventuels candidats à la fugue, sont davantage exposés.

Les chats non stérilisés donnent encore moins l’occasion d’observer les effets du vieillissement sur leur comportement parce que leur espérance de vie est courte, 4 ou 6 ans. Les observations que nous allons faire ci-dessous portent donc essentiellement sur des chats stérilisés vivant en lieu clos et proches de maîtres attentifs et investis dans la santé de leur compagnon. L’incidence de la vieillesse se répercute sur l’ensemble du comportement du chat. Les modifications observées sont aussi plus ou moins prononcées selon son âge : à 14 ans, il ne manifestera pas les mêmes signes qu’à 19 ou 20 ans.

J’ai lu un article à propos d’un chat français, Moum… âgé de 34 ans ! Probablement un des plus vieux chats au monde … ses propriétaires avaient complètement transformé leur salle de bains pour l’installer, tout était recouvert de mousse et de matelas car ses os se seraient brisés au moindre petit choc !

D’une manière générale, on estime que le chat entre dans le troisième âge vers 8 ans. Déjà à cet âge, les propriétaires notent des transformations pas forcément flagrantes au début. Au début de la vieillesse, il a tendance à grossir. Il mange plus, plus souvent, et son activité réduite ne lui permet pas d’utiliser tout ce qu’il consomme. Les problèmes et changements de comportement liés à l’obésité sont assez récurrents chez les jeunes seniors. Les fabricants de croquettes proposent d’ailleurs des aliments adaptés à leur nouveau mode de vie, et dont l’objectif est d’éviter l’ingestion excessive de nutriments dont on sait qu’ils peuvent avoir un rôle dans le développement des facteurs de risque pendant la vie.

Une autre observation courante rapportée concerne l’aptitude du chat à rester endormi des heures durant. Son temps de sommeil commence à s’accroître significativement dès 7 ou 8 ans ; il dort profondément sur de très longues périodes. Ceci s’accompagne d’une baisse générale de son activité ; il explore peu et ne joue plus autant qu’avant ; il recherche davantage le calme et le confort. A la toute fin de vie, s’il est en bonne santé, les périodes d’éveil se limitent au strict minimum. Un sommeil instable, perturbé, n

L’obésité est par contre très rare chez les très vieux chats généralement très maigres. Leurs maîtres doivent parfois les encourager à manger par mille ruses et appâts.

e caractérise donc pas le vieux chat, et, si c’est le cas, cela relève plutôt des symptômes d’une maladie sous-jacente.


Encore plus particulièrement chez les seniors, tout changement de comportement doit être exploré en premier lieu par un examen clinique approfondi. La sénescence entraîne des modifications d’ordre métabolique et des pathologies liées aux moins bonnes performances de toutes les de l’organisme : appareil locomoteur, système immunitaire, cérébral, organes, etc.

Lou, 13 ans, appartenant à Mireille Roux.

Ainsi un désintérêt pour la nourriture peut être lié à des douleurs dentaires provoquées par le tartre ou une gingivite. Un amaigrissement prononcé est souvent engendré par une insuffisance rénale ou hépatique. De l’arthrose ou une arthrite expliquent dans beaucoup de cas le manque d’entrain.

A l’inverse, le vieux chat qui devient agité, bruyant et frénétique dans ses activités peut présenter des symptômes d’hyperthyroïdie. Avant de s’interroger sur les causes psychiques d’un changement d’attitude, il faut donc évacuer tout problème d’ordre purement médical. Et rares sont les vieux chats qui ne souffrent d’aucune pathologie passé 15 ou 16 ans.

Le chat âgé en bonne santé n’est pas épargné pour autant par les dommages liés au vieillissement inéluctable des cellules. Même si tout fonctionne convenablement, ses sens sont affectés (perte de la mémoire, de l’ouïe, de la vue), leur acuité diminue. L’exploration en est un exemple. C’est une activité très ritualisée se composant de séquences précises et communes à tous les chats. Quand ils vieillissent, l’exploration peut devenir infantile. Ils ne reniflent plus, mais lèchent l’objet exploré : le goûter leur permet d’affiner leur recherche, comme des chatons qui prennent tout ce qu’ils peuvent dans leur gueule. Les mâchonnements s’accompagnent parfois de stéréotypes de la langue. Le comportement exploratoire peut aussi être affecté par une désorientation du chat qui perd la maîtrise de ses repaires habituels et déambule dans la maison en donnant l’impression de ne pas savoir où il va. Il peut se perdre alors… dans un endroit où il a pourtant toujours évolué, l’air hébété, le regard fixe.

La simplification du toilettage fait partie de l’abandon des rituels auxquels le félin est si attaché. Le vieux chat se lèche avec moins de concentration qu’autrefois, voire de façon très insuffisante, pour maintenir le brillant et le soyeux du pelage.


Le poil peut prendre une apparence piquée ou s’encombrer de bourres à certains endroits que le chat a désormais du mal à atteindre (croupe, ventre, fesses) ou qu’il ne cherche plus à nettoyer. Le chat ne prend plus que quelques minutes de son temps d’éveil à lisser son poil, et le fait bien moins consciencieusement qu’avant, donnant l’impression d’être désorganisé, de se toiletter au hasard.

Pitchoune à 13 ans, appartement à Mireille Roux.

Les seniors arrivent aussi en consultation pour des soucis liés à la malpropreté. Problème d’incontinence écarté, on remarque que certains individus ne réalisent plus la totalité des actes composant le rituel de la litière. La séquence se limite à un résumé de toutes les phases que le chat accomplissait avant : recherche du lieu d’élimination, exploration du sol via l’odorat, tours sur lui-même, accroupissement, grattage du sol et recouvrement des déjections. Il n’en réalise que certaines, ou toutes mais pas entièrement,. Dans le cadre d’une simplification extrême, il peut même se soulager à côté de son bac, etc. La vieillesse n’engendre cependant pas que des maux…La plupart des chats sont, avec l’âge, de plus en plus câlins avec leurs maîtres dont ils recherchent beaucoup la compagnie et les caresses.


Leur relation devient privilégiée et le lien d’attachement encore plus fort. Certains chats vont même jusqu’à développer un hyper-attachement alors qu’ils n’avaient manifesté jusque là qu’un comportement social normal avec leurs maîtres. En conclusion, le vieux chat ressemble à tous les vieux mammifères, homme compris, mais ses attitudes se modifient conformément à sa félinité.

Saphir, 16 ans, appartenant à Mr et Mme Masse de Saint-Etienne